
Published 18 September 2026
On dit souvent que tout projet commercial comporte une part d’incertitude. C’est précisément pour la réduire que les dirigeants et les porteurs de projets s’entourent de professionnels, d’outils de pilotage et de méthodes de planification.
Maîtriser l’imprévu, c’est mieux contrôler le temps, le planning et les budgets. L’enjeu est d’autant plus important dans les projets informatiques, qui ont souvent tendance à déraper.
Dans ce contexte, une question se pose : les porteurs de projets de nouveaux TLDs pour l’ouverture de 2026 ont-ils réellement pris en compte tous les paramètres nécessaires pour maîtriser au mieux leur trajectoire ?
À première vue, on pourrait le croire en observant les candidats dits « de portefeuille » qui ont déjà communiqué leurs intentions. Ils ont analysé les termes susceptibles d’être demandés et déployé une stratégie de volume, dans la continuité de celle initiée par Donuts lors du premier round.
Commander en gros pour se donner de la marge
L’ICANN ne propose pas de tarif de groupe sur les frais de candidature. En revanche, plusieurs coûts fixes — notamment les frais de gestion, d’exploitation et de backend — peuvent être largement mutualisés lorsque l’on porte 5, 10, voire 30 ou 300 TLDs.
Cette approche présente toutefois une contrepartie : elle multiplie les risques d’entrer en contention avec d’autres candidats ayant choisi les mêmes termes. Avec une bonne organisation, certains projets peuvent être abandonnés, arbitrés ou même échangés avec d’autres candidats de portefeuille.
Après le jeu de poker des premières communications, on entre presque dans une logique de cartes Pokémon : on échange, on évalue, on anticipe. Les candidats ne pourront pas se parler après le Reveal Day, c’est-à-dire la publication officielle des TLDs demandés ? Qu’à cela ne tienne : ils auront tout intérêt à se parler avant, notamment en publiant eux-mêmes leurs listes.
À ce stade, on compte 11 candidats de ce type — chacun portant plus de huit candidatures, dont deux avec environ 300 candidatures — représentant au total près de 880 TLDs, soit plus de la moitié des candidatures identifiées. Près d’une centaine de termes semblent déjà se recouper, ce qui donne une idée de l’intensité du combat à venir entre « portfolio applicants ». La grande inconnue reste de savoir combien iront jusqu’au bout, et si d’autres opérateurs attendent encore dans l’ombre avant de révéler un portefeuille important.
Une concentration importante — à ce que l’on sait
Ces stratégies évoluent aux frontières grises du guide du candidat. Mais elles soulèvent aussi un point essentiel : une fois les candidatures validées administrativement et les contentions résolues, qui pourra se lancer en premier ?
L’enjeu est particulièrement visible pour les TLDs liés à l’intelligence artificielle. Compte tenu du contexte actuel, leur présence n’a rien de surprenant. Mais pour ces extensions, l’avantage au premier entrant pourrait être décisif en matière d’adoption et de notoriété.
C’est ici que le processus ICANN devient le plus surprenant : pour prioriser les lancements, il faut d’abord prioriser les évaluations. Le TLD évalué en premier par les auditeurs devrait, sauf difficulté particulière dans son dossier, être prêt plus tôt que les autres. Pour les dotBrands, la rapidité d’exécution est généralement moins déterminante. Pour les TLDs génériques, en revanche, occuper le marché rapidement peut faire toute la différence, surtout lorsque le canal de distribution — les registrars — n’est pas encore saturé par les implémentations.
Une loterie pour déterminer la priorité de lancement
Pour déterminer l’ordre de traitement des candidatures, l’ICANN prévoit de recourir au même système qu’en 2012 : une loterie.
À ce stade, il semble que le billet de tombola doive être acheté physiquement en Californie. Les modalités exactes ne seront connues que 30 jours avant le tirage, ce qui laisse encore une part importante d’incertitude.
En résumé, l’ordre dans lequel les candidatures seront évaluées dépendra d’un ticket de tombola acheté auprès de l’ICANN. On se rapproche alors du cauchemar d’un directeur financier demandant : « Peut-on savoir quand nous générerons nos premiers revenus ? », auquel le chef de projet répondrait : « Le plus tôt possible… cela dépend du tirage au sort. »
La bonne nouvelle est que la participation au tirage n’est pas obligatoire pour les candidats qui ne sont pas pressés. Pour les autres, toutes les réunions, tous les cadrages et tout le travail préparatoire porteront leurs fruits, mais la date de lancement dépendra malgré tout d’un ticket gagnant. Celui-ci ne sera d’ailleurs pas interchangeable, l’ICANN ayant anticipé le risque d’un marché secondaire des tickets.
À quand les premiers revenus ?
Ce mécanisme ajoute une touche presque vintage à une opération technique de grande ampleur. Puisque les équipes ayant travaillé pendant dix ans sur le guide du candidat n’ont manifestement pas trouvé de solution plus impartiale à proposer, il faudra accepter cette part de hasard.
Laissons donc un peu d’irrationnel dans un monde très IT. Au vu du nombre de TLDs demandés et des contentions probables, chaque candidat de portefeuille devrait pouvoir lancer rapidement au moins quelques extensions. Pas nécessairement les plus « bankables », bien sûr, mais les opérations pourront commencer. Reste que certains investisseurs n’ont peut-être pas pleinement réalisé que les premiers lancements ne devraient pas intervenir avant la fin de 2027. Et que leurs revenus en seront d’autant plus tardifs.
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